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Cher Père Angelo,
Dernièrement, je ressens, comme une déchirure dans l’Église entre ceux qui veulent rester fidèles, à tous les coûts, aux enseignements du Pape et ceux qui contestent, au contraire, certaines de ses déclarations ou prises de position.
Dernièrement, je me suis donné la peine d’aller lire certains des documents et des interventions les plus discutés du Pape et il me semble que dans la majeure partie des cas, ils ne disent rien d’hérétique ou de révolutionnaire.  

Il me semble plutôt que, parfois, il met trop l’accent sur certains aspects de la morale au détriment des autres, donnant effectivement lieu à une certaine confusion.
Je crois, cependant, que cette confusion puisse être esquivée tranquillement par quiconque a un minimum de droiture et de vie spirituelle.
Tout ce qui a été dit reste une question de fond qui ne m’apparaît pas clairement. Si à l’avenir venait être élu un Souverain Pontife qui, pour les raisons les plus variées, scandaliserait, venait à perdre la raison, déclarerait des choses contraires au dogme et à la morale ou des choses similaires, comment pourrait-t-on limiter les dommages causés à l’Église et aux fidèles, de manière individuelle. Existe-t-il un frein même juridique dans de tels cas ?

 Est-il juste et conforme à la tradition affirmer qu’au Pape, l’on doive toujours obéissance, abstraction faite de ce qu’il dit ? N’a-t-il pas, été, peut-être, un peu, exagéré, dans le passé, faire remarquer l’infaillibilité papale lorsque celle-ci représentait un obstacle aux idées modernistes sans considérer qu’à l’avenir les risques pouvaient s’inverser ? En somme, n’est-il pas, opportun de mieux expliquer à quel moment peut-on dire que le Pape est infaillible, et cela surtout dans la perception du commun des fidèles ?
Merci et bonne journée.
Bruno, 19 ans


Cher Bruno,
1. Effectivement, l’on note, au sein de l’Église, une certaine désorientation.
Il y a qui soutiennent une thèse et qui, son contraire.
On peut avoir l’impression que tout soit réduit à une opinion personnelle.

2. Toutefois, il est également vrai qu’il a été répété plusieurs fois, et aussi dans ce Pontificat, que la doctrine ne change pas.
D’ailleurs, comment pourrait-on affirmer le contraire ?
La doctrine de l’Église n’est pas de l’Église. C’est une doctrine reçue d’en Haut et établie avec l’aide de l’Esprit de vérité, comme le disent les Saintes Écritures, c’est-à-dire par l’Esprit Saint, comme l’a promis notre Seigneur.

3. Dès lors que l’Évangile et la doctrine ne changent pas, il s’ensuit que toutes les interventions inspirées par le magistère doivent être lues en conformité avec l’Évangile et la doctrine.
Jean-Paul II In Veritatis splendor a dit que « le développement de la doctrine morale de l’Église est similaire à celle de la doctrine de la foi.
Les paroles prononcées par Jean XXIII à l’occasion de l’ouverture du Concile Vatican II (11 octobre 1962) : s’appliquent également à la doctrine morale : « Il est nécessaire que cette doctrine (= la doctrine chrétienne dans son intégrité) certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de manière à répondre aux exigences de notre temps.
Une chose est, en fait, l’héritage même de la foi, à savoir les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et une autre est la forme dans laquelle celles-ci sont énoncées, tout en leur préservant, toutefois, le même sens et la même portée » (VS, note 100)

Toujours dans Veritatis splendeur Jean-Paul II réaffirme le même concept en rapportant une déclaration de Paul VI : « On doit éviter d’inciter les fidèles à penser différemment, comme si après le Concile il serait permis certains comportements qui, auparavant, l’Église avait déclaré intrinsèquement mauvais. Qui ne voit pas qu’il en dériverait un relativisme moral déplorable, qui conduirait facilement à mettre en question tout le patrimoine de la doctrine de l’Église ? (VS, note 131).

4. Pour cette raison, je suis d’accord avec toi quand tu écris : « Je crois, cependant, que cette confusion peut être évitée en toute sécurité par quiconque a un minimum de rectitude et de vie spirituelle ».
Si ce n’est pas que certains insistent sur le fait qu’il faille aussi changer radicalement la façon d’interpréter ce, dans lequel, jusqu’à présent, l’on a cru et que l’on a toujours pratiqué.
Se faisant, en laissant les paroles de la Doctrine telles qu’elles sont, ils entendent en changer radicalement le sens.

C’est à ce stade que naît la confusion.
Parce que sans l’ombre d’un doute, il ne peut avoir progrès que dans l’approfondissement du dépôt de la foi, mais comme disait le Pape Jean, reprenant une déclaration de Vincenzo di Lérins, père de l’Église du Ve siècle : « tout en conservant néanmoins, en elle, le même sens et la même portée. » (eodoem tamen sensu eademque envoyéentia).   
Si bien la doctrine ne peut changer, non plus, dans son sens et dans son interprétation. Dans le cas contraire, on annonce un Évangile et une doctrine diverses de ce que nous avons reçues.

5. Tu me dis qu’il ne t’est pas claire une question de fond : « Si à l’avenir était élu un Souverain Pontife qui, pour les motifs les plus variés, scandaliserait, perdrait la raison, déclarerait des choses contre le dogme et la morale ou quelque chose similaire, comment pourrait-on limiter les dommages causés à l’Église et aux fidèles de manière singulière. Y a-t-il aussi un barrage légal dans ces cas ?
Ma réponse est simple : cette hypothèse est impossible parce que Christ l’a promis à Pierre et à ses successeurs : « Et moi je te dis : tu es Pierre et sur cette pierre j’édifierai mon Église et les puissances des enfers ne prévaudront pas sur elle. À toi, je donnerai les clés du Royaume des Cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera déliée dans les cieux » (Mt 16, 18-19).
Et encore : « Simon, Simon, voici : Satan vous a réclamés pour vous tamiser comme le grain, mais moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne vienne pas à manquer » (Lc 22, 31-32).

Pour autant, nous savons, au moyen de la foi, parce que Jésus nous l’a certifié, que ce que tu supposes est impossible.

Notre certitude nous vient de la foi.

Pour cette raison il n’y a pas de normes qui prévoient un Pape qui perd la raison ou propose une doctrine diverse, qui devient hérétique…

Je répète : c’est une question de foi.

Les mesures que tu supposes proviennent de la prudence humaine.

Ici, il est nécessaire, au contraire, avoir confiance à la promesse faite par Jésus Christ.

6. Tu écris en outre : « Est-il juste et conforme à la tradition affirmer que le Pape doit toujours être obéi abstraction faite de ce qu’il dit ? »
Non ce n’est pas juste, et la tradition, non plus, ne le dit.
Au Magistère du Pape, l’on doit l’obéissance lorsqu’il parle, de manière solennelle, [ex-cathedra ; il est toujours Magistero definotorio (définisseur de magistère)] et aussi dans son magistère ordinaire.
Cependant, dans le Magistère ordinaire, doit être distingué un Magistère définitif, qui, de fait, a trait à un magistère infaillible, qui diffère d’un magistère authentique, auquel il faut concéder le respect de l’esprit et de la volonté, mais qui, laisse dans certains cas, une marge de discussion.
En outre, toutes les paroles qui sortent de la bouche du Pape ne sont pas Magistère.
Elles sont Magistère celles qu’il exprime en tant que maître dans la foi

7. En outre, le domaine du Magistère est bien délimité : il est relatif, non à chaque question, mais seulement à celles qui font référence à la foi et à la morale.
Il faut également préciser que le Magistère parle de l’irréformabilité des propositions affirmées par Lui plutôt que de l’infaillibilité du Pape.

8. Enfin, tu dis : « N’a-t-on pas, peut-être, un peu exagéré dans le passé à souligner l’infaillibilité papale lorsqu’elle représentait un rempart aux idées modernistes sans considérer qu’à l’avenir les risques pouvaient être inversés ? »
En d’autres termes, tu fais allusion à un fait qui serait inédit dans l’histoire du Magistère. Jusqu’à présent, le Pape a toujours été le gardien de la doctrine, il a été le premier à donner l’exemple quant à la préservation du dépôt de la foi.
Alors qu’il n’a jamais été supposé le contraire, à savoir que le Pape soit le premier à pousser vers une pensée hétérodoxe.
Je répète, cependant, que cela est impossible.

9. Pour obéir au Magistère et au respect de l’esprit et de la volonté, il est nécessaire de garder à l’esprit comment le Pape s’exprime.
On le déduit, en particulier, de l’autorité du document et de la manière dont il enseigne.
Dans de nombreux documents de l’actuel Pontife, le style est celui du bon Pasteur, et donc de caractère pastoral qui indique, qui conseille, qui invite à explorer, qui stimule.
C’est le Pape lui-même qui propose diverses solutions selon les continents et les contextes.
Ses interventions sont de caractère innovatif aussi bien dans l’application que dans les principes, lesquels restent immuables.

10. Tu demandes enfin : « En somme, n’est-il pas opportun de mieux clarifier le contexte dans lequel le Pape est infaillible et cela surtout dans la perception du commun des fidèles ? »
Je pense que les fidèles eux-mêmes comprennent assez bien quand le Pape exprime ses opinions personnelles, surtout dans le domaine qui n’est pas celui de la foi ou de la morale et quand, au contraire, il enseigne la doctrine. Et cela n’advient pas tant grâce à l’habileté des fidèles, mais plutôt pour le sensus fidei du peuple chrétien qui est un don particulier de l’Esprit Saint.
En d’autres termes, en général, ils comprennent ce qui est dû à l’obéissance de la foi et ce qui ne l’est pas, comme cela arrive, par exemple, lors de la lecture d’une interview faite au Pape.

Je te remercie de la question que tu m’as posée et je souhaite que les réponses que je t‘ai données aient pu clarifier diverses choses ayant trait à notre foi, en particulier à celles liées au Magistère de Pierre et de ses successeurs.
Je prierai pour toi le Seigneur et je te bénis.
Père Angelo