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Question

Bonjour, mon père

j’ai lu votre belle réponse publiée hier (lettre en français), qui en rejoint tant d’autres sur l’importance de parvenir à “posséder” Dieu en soi par la grâce sanctifiante.

J’ai trouvé d’autres réponses, toujours sur le thème de l’importance, mais je n’ai pas eu de chance ( il y en aura surement mais peut-être que je n’ai pas trouvé les bons mots- clés à insérer) sur COMMENT arriver à vivre cette présence en permanence. Quelles sont les actions à suivre pour pouvoir expérimenter cette inhabitation, la seule qui puisse nous satisfaire déjà dans cette vie ?

Je suis sûre que vous avez déjà répondu dans le passé sous forme de liste, comme à votre habitude. Pouvez-vous m’aider à identifier les réponses spécifiques qui ont déjà été publiées?

Toujours reconnaissante, Alessia.


Réponse

Chère Alessia,

1. Tout le monde n’est pas appelé à vivre l’inhabitation de Dieu en soi de la même façon.

Ceux qui mènent une vie active ne peuvent pas vivre cette réalité comme le ferait un moine ou une moniale cloîtrée.

2. Cependant, je voudrais rappeler que la perfection de l’union avec Dieu se réalise dans la charité

La charité est le principe vivifiant de la grâce et de l’union avec Dieu. Saint Jean le rappelait quand il écrivait ces sublimes paroles: «Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui» (1 Jean 4,16).

3. Si nous ne vivons pas dans la charité et par conséquent dans la grâce, nous ne sommes pas encore en mesure de posséder et de jouir de Dieu dans notre cœur.

Le Seigneur l’a dit dans la dernière Cène: «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure» (Jean 14,23).  Comme nous pouvons le voir, la présence personnelle de Dieu est liée à la charité (si quelqu’un m’aime) et à une charité qui s’exprime dans l’obéissance au Seigneur et dans la mise en œuvre de ses paroles et de ses commandements (il gardera ma parole).  Par conséquent, si nous désobéissons aux précepts du Seigneur, nous perdons la charité et l’union avec Dieu.

4. Saint  Jean insiste sur ce concept dans sa première lettre: « Voici comment nous savons que nous connaissons le Christ (chez saint Jean connaitre est l’équivalent d’aimer n.d.l.r) : c’est parce que nous obéissons à ses commandements. Si quelqu’un dit : “Je le connais” (c’est-à-dire que je l’aime) sans obéir à ses commandements, c’est un menteur et la vérité n’est pas en lui. Celui qui observe sa Parole montre par là qu’il aime vraiment Dieu de façon parfaite. C’est ainsi que nous savons que nous sommes unis à lui. Celui qui prétend qu’il demeure en Christ doit aussi vivre comme le Christ lui-même a vécu.»(1 Jean 2, 3-6).

5. Cela dit, voyons maintenant comment il est possible de vivre en présence du Seigneur, tel que Dieu lui-même l’a demandé à Abraham: «Je suis le Dieu tout-puissant. Conduis ta vie sous mon regard et comporte-toi de manière irréprochable» (Genèse 17,1).

Saint Thomas dit que cette présence est vécue différemment selon l’état de vie dans lequel on se trouve. Celui qui est dans la vie active, dit saint Thomas, ne pouvant pas avoir toujours l’esprit uni à Dieu et penser à ses paroles et aux mystères de la vie de Jésus (il doit en effet penser à ce qu’il doit faire et est en train de faire), est uni au Seigneur dans la disposition de l’âme à enlever ou écarter immédiatement de lui-même tout ce qui est contraire à l’union habituelle avec le Seigneur.

6. Je pense que c’était la perfection de la vie chrétienne vécue par Pier Giorgio Frassati. Il devait garder son esprit occupé par les matières qu’il étudiait et les examens qu’il devait passer. 

Il devait penser aux diverses activités avec ses amis et compagnons et subvenir aux besoins matériels de nombreuses personnes. Pourtant, il était prêt à enlever tout ce qui pouvait le séparer du Seigneur. C’est pourquoi aucun murmure ne sortait  de sa bouche, surtout à l’égard des absents. Certains disent que s’il était présent, il était même impossible de commencer à calomnier quelqu’un. Il en était de même pour les vulgarités.

Il est certain qu’une si belle union avec le Seigneur ne pouvait être vécue que si la prière avait la place qui lui revient pendant sa journée. Voilà pourquoi, il allait tous les matins à la messe ou au moins il prenait la Sainte Communion. Chaque jour, il récitait le Saint Rosaire, qu’il portait invariablement dans sa poche. Devenu tertiaire dominicain, il récitait chaque jour l’Officium parvum Beatae Virginis Mariae et se confessait au moins chaque semaine. Il n’est pas devenu un saint en vivant comme un moine, mais comme un laïc, parce que c’était sa vocation.

7. Il est possible d’atteindre la perfection de l’union avec Dieu d’une deuxième façon: en pensant constamment à Lui et en vivant en soi les mystères de Jésus-Christ, autant que cela est possible dans ce monde, où l’on doit aussi accomplir des actions qui ne permettent pas toujours de penser directement à Lui.

Cette deuxième perfection est celle qui est atteinte dans la vie du claustrum, c’est-à-dire dans la vie religieuse et plus encore dans la vie monastique. Les religieux font en effet profession d’une vie « religieuse », c’est-à-dire d’une vie totalement offerte à Dieu dans la prière et dans leurs propres actions pour le bien de l’Eglise et des âmes.

La vie religieuse, précisément parce qu’elle s’émancipe de tant d’engagements temporels, permet une union explicite plus durable et presque continue.

8. Enfin, il existe une troisième manière de vivre en présence de Dieu, celle propre au Paradis, où la possession sera parfaite, continue et la joie infiniment supérieure à toute joie qui peut être pensée ou expérimentée ici.

9. Ce que j’ai décrit avec mes propres mots, traduit la pensée de saint Thomas qui dit: «La perfection de la charité peut être envisagée à deux points de vue : 1° par rapport à l’objet aimé (Dieu); 2° par rapport à celui qui aime. Par rapport à l’objet aimé, la charité est parfaite quand une chose est aimée autant qu’elle est aimable. Or Dieu est aussi aimable qu’il est bon ; et comme sa bonté est infinie, il est infiniment aimable. Mais aucune créature ne peut aimer Dieu infiniment, puisque toute vertu créée est limitée. Par conséquent, de ce point de vue, la charité ne peut être parfaite en aucune créature, mais seulement la charité par laquelle Dieu s’aime lui-même.

Du côté de celui qui aime, on dit que la charité est parfaite quand on aime autant qu’il est possible d’aimer. Et cela arrive de trois manières. D’abord parce que tout le cœur de l’homme se porte de façon actuelle et continue vers Dieu, et telle est la perfection que la charité atteint dans la patrie et qui n’est pas possible dans cette vie où, en raison de la faiblesse humaine, on ne peut être continuellement en acte de penser à Dieu et de se porter affectueusement vers lui. 

En deuxième lieu, parce que l’homme s’applique tout entier à vaquer à Dieu et aux choses divines en laissant tout le reste, sauf ce que requièrent les nécessités de la vie présente. Telle est la perfection de la charité qui est possible ici-bas ; elle n’est toutefois pas le partage de tous ceux qui possèdent la charité. 

Enfin lorsqu’on donne habituellement tout son cœur à Dieu, au point de ne rien penser ni de rien vouloir qui soit contraire à l’amour de Dieu. Et telle est la perfection qui est commune à tous ceux qui ont la charité» (Somme Théologique II- II, 24,8).

«La perfection de la charité, telle qu’elle peut être réalisée en cette vie, n’est pas une perfection absolue ; elle est donc toujours capable de croître» (Somme Théologique II- II, 24,8).

Je te souhaite d’atteindre la perfection de l’union avec le Seigneur selon l’état de vie auquel le Seigneur t’appelle.

Pour cela, je pense à toi dans la prière et je te bénis.

Père Angelo